Texte pour les peintures de Boris Kuo Yolaine Escande

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Texte pour les peintures de Boris Kuo 郭博州的畫作邂逅   Yolaine Escande  幽蘭(法國巴黎高等社會科學院教授)

初次與郭博州的畫作邂逅,即能從遠處深刻感受到色彩流動與空間氣魄,令人產生仰之彌高的尺寸錯覺。畫作多為方形,或長方形,偶有圓形。唯有貼近觀賞才能驚豔其中融而為一的重疊層次,豐富而細密,混雜了宣紙書法、台灣傳統花布圖案、幾何圖案、鐫刻或壓紋的抽象圖騰等元素,隨心所欲進行拼湊並以水墨色調漾出和諧感。
Lorsqu’on regarde pour la première fois les peintures de Boris Kuo, ce qui frappe, de loin, ce sont les couleurs et les dimensions relativement grandes, pour la plupart soit sur un format carré, soit rectangulaire, parfois rond. De plus près, ce qui surprend parce qu’on ne le percevait absolument pas de loin, ce sont des superpositions, des collages, constitués de calligraphies sur papier de riz, de motifs floraux de tissus typiquement taïwanais, de motifs géométriques et abstraits gravés, d’empreintes diverses, composés en un ensemble foisonnant, le tout souvent recouvert de lavis d’encres ou l’à-plats colorés.



水墨色調乍看平淡無奇,將目光拉近時才帶出紙質的透明張力。在2013的創作「清和」中,宣紙上的水墨痕跡塗覆著近看才隱約透現的若有似無彩色畫布;同樣創作於2013的「玄玉」則在水墨痕跡上添染壓克力顏料層次;而紙質皺褶所營造的效果也讓觀者能察覺創作中所蘊含的媒材物質性。
Parfois, ce qui paraissait de loin des lavis pâles, s’avère de près des effets de transparence du papier : dans Pure Brightness (2013), les traces d’encre sur papier de riz chinois recouvrent une toile colorée, qui se laisse à peine distinguer à condition de s’en approcher ; de même pour Mysterious (2013), qui ajoute aux traces d’encre de l’acrylique ; des effets de plis du papier font encore percevoir au spectateur leur matérialité.

很快地,觀眾即能領略兩種截然不同的創作
一種是以痕跡與拓印一氣呵成的宏觀氣魄,如「開元天寶」 (1993)、「 水流花靜」 (2004)、以及「渡覺」 (2014)。另一種則是瞻之在前,忽焉化於無形的「去像」意境,如「江河行地」(2009-2014)或「In Good Style」 (2011)。
        Assez vite, le spectateur se trouve face à deux sortes d’œuvres : celles qui semblent se donner d’emblée, comme Kaiyuan & Tianbao (1993) ou Tranquil Flowers Accompanied with Water Flow (2004) ou même Buddhist Enlightenment (2014), et qui relèvent de la trace et de l’empreinte, et celles qui s’échappent lorsqu’on les approche, comme River Running in the Way (2009-2014) ou In Good Style (2011), et qui se rapportent au principe de « désapparition ».


1/ 痕跡
痕跡是中國藝術的表徵,也由此開創了書寫文字:古聖倉頡造字的靈感應汲取自動物遺留於土地上的行蹤,以及蒼穹星宿的狀態。首批象形文字於焉誕生之際,豈無繪畫之隱喻藏匿其中 ?倉頡並非受天聽啟示的文字作家,而是解讀所處寰宇動態的先知。可以說他以極其敬天謹慎之心,虛心探究宇宙顯明可見的型態,從而將世間之物幻化為象形輪廓,並以此構築日後交流的文字基礎。
1/ la trace
        La trace est la marque même de l’art chinois, c’est elle qui a donné naissance aux caractères d’écriture : le devin Cangjie aurait lu dans les traces d’animaux sur le sol et dans les constellations au ciel des formes signifiantes et en aurait tiré les premières formes d’écriture. N’est-ce pas là une métaphore du peintre ? Cangjie n’est pas un écrivain inspiré par la parole divine, mais un voyant, décryptant les formes du cosmos autour de lui. Ainsi, portant sa vision au sommet de la vigilance, étudiant les formes du monde visible, il fait des linéaments du monde le fondement de la communication à distance.

而文字一旦落實並成為生活不可或缺,便需要開始書寫,並一再潤飾推敲使其具備個別的獨特性,而非僅有一般性的體式。文字的書寫必須由天賦異稟之人操作,始能盡情揮灑筆觸而不過度混淆字跡的清晰。書寫因此完全支配了藝術。文字書寫非常精神充沛,一觸即發,充滿能量,讓接觸交流更形活躍。古代書籍的謄寫與繪畫者將他們的熱情透過紙張傳承給我們;為我們注入了動用五指的渴望,現在輪到我們將手虛握成拳運筆揮毫了。
Mais une fois l’écriture installée et devenue indispensable, il faut faire naître une écriture d’après l’écriture qui retravaille les caractères en direction de la singularité et pas seulement de l’universel ; il faut que l’écriture, sans trop perdre de sa lisibilité, garde l’empreinte du pinceau, manié par un génie particulier. Alors l’écriture impose à l’art entier son hégémonie. L’écriture d’après l’écriture est une écriture fraîche, explosive, porteuse d’énergie, qui ressuscite la proximité et l’évidence du contact. L’élan du scribe-peintre qui empreint le papier se transfère à nous ; il s’inscrit dans notre corps et nous donne envie de mobiliser nos cinq doigts et de creuser notre paume, afin de tenir le pinceau à notre tour.


而描繪於何時成為藝術 ? 不論描繪以何種型態、何種技巧、何種資格存在,當我們感覺描繪激發了我們心底深層的某根心弦的時候,藝術已然悄悄生根。如同我們不由自主翩然起舞,不僅是受到外來音樂的感染,也是因為被音樂所征服。
Quand donc la peinture devient-elle de l’art ? Elle n’y réussit qu’au moment où, quelle que soit son ancienneté, sa technique, ses modèles, elle nous donne l’impression, pleinement physique, que quelque chose émerge, non pas à distance de nous, mais autour de nous et à l’intérieur de nous. Quand nous nous sentons soulevés et emportés dans une danse, comme si un rythme étranger nous était non seulement communiqué, mais comme s’il nous était imposé.

在郭博州的作品當中,例如「Different World」 (2010)、「No Attachment, No Worry」(2013)與「Wonderful Moment of Enlightment」(2014),以水墨或水彩揮就的筆觸緊攫住我們的視線並在我們心底迴盪不已。
Dans les œuvres de Boris Kuo, par exemple Different World (2010), No Attachment, No Worry (2013), Wonderful Moment of Enlightment (2014), la trace du pinceau, à l’encre ou en couleur, résonne et nous prend.

然而,郭博州的畫作並不設限於痕跡的應用,同時也運用了拓印的技巧。
        Cependant, même si elles semblent compréhensibles immédiatement, les peintures de Boris Kuo ne se limitent pas à l’utilisation de la trace, elles recourent au principe de l’empreinte.

2/拓印
拓印經常被藝術理論派忽視,認為不過是實物的取樣,並不屬於正式的創作。拓印與實體過於近似,甚至近到令人不自在,以至於違反了注視觀賞作品應有的距離感;事實上,一件典型的拓印並非值得觀賞之創作。然而藝術家卻時常運用這個需要掌握高超技巧的創作方式。尤其拓印更擅長用來表達郭博州描述的« 我的創作則是胸無成竹,沒有刻意想要把表達什麼» 的境界。在他的所有創作當中幾乎都能找到拓印的技巧展現。
2/ l’empreinte
        L’empreinte est souvent négligée par les théoriciens de l’art car elle ne requiert pas d’invention formelle, elle est un simple prélèvement de la réalité. Trop proche de l’objet, presque gênante par cette notion de contact qu’elle évoque, elle semble s’opposer à la distance nécessaire au regard : il n’y a rien à regarder puisqu’il n’y a qu’une empreinte, une non-œuvre par excellence. Pourtant, les artistes ont souvent recours à ce geste, qui demande une grande maîtrise technique. Mais surtout, l’empreinte se prête particulièrement à n’avoir, comme l’affirme Boris Kuo « aucun plan dans mon esprit et aucune idée a priori pour mes créations » (« 我的創作則是胸無成竹,沒有刻意想要把表達什麼»). La technique de l’empreinte est d’ailleurs plus ou moins présente dans toutes ses peintures.

郭博州在其創作當中不著痕跡的運用拓印的意象,恣意顛覆挑戰我們熟悉的現代藝術,並豐富我們的藝術視野。1997年於龐畢度中心舉辦的L’empreinte拓印美術展即呈現了拓印的普及運用,而展覽手冊簡介也讓我們更深入了解這個技巧。這段簡介後來由喬治˙迪迪胡柏曼(Georges Didi-Huberman)收錄在2008出版的La ressemblance par contact (Paris, de Minuit 出版社)一書當中。
        En recourant aux empreintes et en montrant leur utilisation tout en la cachant, Boris Kuo court un risque auquel l’art dit moderne nous a déjà habitués, et qu’il détourne à notre profit. La grande exposition sur L’empreinte, organisée en 1997 au Centre Georges Pompidou, avait démontré la généralisation de son emploi ; et le texte du catalogue, repris par Georges Didi-Huberman dans La ressemblance par contact en 2008 (Paris, éd. de Minuit), a aidé à sa compréhension.

郭博州因其對於水墨的高度品味,對於紙質透明度與疏密度的嚴格追求,以及對於結合專業創作與素人(指非人類或業餘者)個人化創作的從心所欲,並不強調造形與媒材的對立性,也不將媒材注入造形內部或環繞其周圍。而是讓媒材與造形相輔相成,將顏料與預先布局的畫布並置,使內部外部融為一體。他不只靠著刷筆的筆觸激盪出變化與和諧,也運用了按壓的手法。
        Boris Kuo, par son goût de la trace d’encre, sa recherche sur la porosité et la transparence du papier, son association du travail propre à un travail impersonnel (celui de l’image non faite de main d’homme ou faite de façon artisanale) et personnel, ne confronte pas une forme et une matière – il ne coule pas une matière dans une forme ou autour d’elle – mais, au contraire, adjoint, conjoint, de la matière-forme à de la matière-forme, des pigments et des tracés déjà organisés à une toile préparée à cet effet. Un transfert s’effectue, une union se réalise qui ne passe pas par le seul bout du pinceau, mais par une sorte d’étreinte.

3/ 去像
由班哲明德爾默特(Benjamin Delmotte)創造的新詞彙 « désapparition » 「去像」(見« 可見與不可觸 : 阿爾伯托·賈科梅蒂現象學的觀點與考驗» 一書, 巴黎L’Âge d’homme出版社, 2016)與郭博州的創作立意絲絲入扣。事實上,是什麼讓一個事物可以被看見 ? 是「看到它」這個動作,或是視力效果?或者是一項作用,一個更周詳完整的程序 ? 莫非真的像賈科梅蒂所認知的,視覺並不是立即的表象,也不是視線無法觸及之處,而是我們所認知,且必須認知的意象。
3/ la désapparition
        Le néologisme inventé par Benjamin Delmotte de « désapparition » (dans Le visible et l’intouchable. La vision et son épreuve phénoménologique dans l’œuvre d’Alberto Giacometti, Paris, L’Âge d’homme, 2016) s’applique particulièrement bien à l’œuvre de Boris Kuo. En effet, qu’est-ce qui rend visible une chose ? Est-ce le fait de la voir, est-ce la vue ? Ou bien est-ce quelque chose, une activité, un processus beaucoup plus construit et réfléchi ? Est-ce que, comme le dit Giacometti, la vision ne serait pas ce qui se donne immédiatement, ce qui se dérobe à la vue, mais bien ce qu’on réalise, ce qu’on a à réaliser ?

班哲明德爾默特 (Benjamin Delmotte)在他的博士論文當中寫道 : 「去像並非抹除顯像,因為顯像從未發生,也不會發生在顯而易見的當下;而是以想像跟幻想的回憶模式(我認為似乎看到圖像輪廓充分顯現),或者期望的模式(我等著看他完全出現)呈現(第111頁)。
Selon la thèse que soutient Benjamin Delmotte, « la désapparition n’est pas effacement de l’apparition parce que l’apparition ne s’est jamais faite et ne se fait jamais au présent, dans l’évidence du présent, mais toujours sur le mode du souvenir imaginaire ou fantasmé (j’ai cru voir apparaître pleinement la figure) ou de l’espoir (j’attends de le voir pleinement) » (p. 111).

去像,與「消逝」相反;去像意味著目光進行並接受進行結果的一個過程,排除所有情感情緒的歸納偏移。洞蝕、碎裂、分解等分崩離析是目光進行的必要過程,也似乎是無可避免的代價。當然,視覺的過程帶來空間感;但是這個空間感對我們而言似乎處於半真半擬的狀態,需要不斷解構與重建。內在與外在感覺的拉扯、內部與外部面貌的撕裂、思考與感知事物的衝突,會讓我們的意識動搖並逐漸失了方位。
La  « désapparition », au contraire de la disparition, désigne, loin de toute empathie, un processus que le regard met en œuvre, tout en en subissant les effets. La trouée, le délitement, la décomposition accompagnent le déploiement du regard et en semblent la rançon. Le processus de la vision réussit, certes, à se spatialiser ; mais l’espace qui nous est alors donné nous apparaît comme mi-imaginaire, mi-réel et toujours à déconstituer et à reconstituer. Entre sens interne et sens externe, dedans et dehors, chose pensée et chose perçue, la conscience vacille et perd ses repères.

去像並不抹逝顯像,而是幫助顯像更容易被掌握,因為它排除了自以為是的假像:我們以為的水墨畫並非單純只是水墨畫、看起來像痕跡的效果其實是拓印、而以為是印刷的部分卻有壓克力顏彩的觸感!假如像班哲明德爾默特 (Benjamin Delmotte)所說的:「看見,或終於看到的感覺,與沒有真正看見的感覺,很奇怪的非常吻合」,那麼視覺其實是可見與不可見的共同渴望。而這正是郭博州畫作所創造的精髓。

La désapparition n’efface pas l’apparition, mais contribue, au contraire, à la rendre plus saisissante, en l’éloignant de tout ce que nous avions cru familier : ce que nous prenions pour des lavis n’en est pas, ce qui semblait une trace s’avère une empreinte, ce qui paraissait impression est touche d’acrylique ! Si, comme l’écrit Benjamin Delmotte, « l’impression de voir, de voir enfin, coïncide étrangement avec celle de ne pas voir vraiment », alors la vision est aspiration conjointe au visible et à l’invisible.
C’est précisément ce à quoi la peinture de Boris Kuo nous invite.

畢竟,我們不需要完整地了解一幅作品,因為它只是我們的「導航」:它目前所保留或陳述的現象,還漂流在肉眼可見的表層,只是引領我們與世界密集接軌,而我們並不必然非常需要去詮釋表層底下的作品樣貌。就像華特班哲明(Walter Benjamin)的名言:「往昔與今日相逢於靈光乍現的剎那」。(« 巴黎,十九世紀的首都 »,摘錄,巴黎Cerf 出版社, 1989, 頁479)
        Après tout, il n’est pas besoin de comprendre entièrement une œuvre pour qu’elle nous serve de « guide » : ce qu’elle préserve, ce qu’elle dit actuellement, flotte à la surface du visible, nous met en contact intense avec le monde, sans que nous ayons nécessairement besoin pour autant de nous représenter le travail englouti, grâce à quoi, selon la formule de Walter Benjamin, « l’Autrefois rencontre le Maintenant dans un éclair » (Paris, capitale du XIXe siècle. Le Livre des Passages (Fragment N, 3, 1), traduction Jean Lacoste, Paris, Cerf, 1989, p. 479).

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